La poésie aux semelles de vent

 

« Le printemps de la poésie » a comme chaque année connu ses activités traditionnelles : tour de chant de Thierry Gahinet, rencontre avec un poète : Kristian Le Thuaut, exposition, atelier d’écriture…

Pour la première fois, il a été l’occasion de lancer un concours de poèmes récompensés par les « Prix Likès » et divers cadeaux, grâce au partenariat avec l’AEL. Le thème retenu était le voyage.

Pour cette première, une cinquantaine d’élèves ont proposé anonymement leurs textes pour ne pas influencer le jury composé de Mmes Kermorgant et Burel (professeurs de français), Mme Charrier (documentaliste), Corinne Moret, animatrice d’ateliers d’écriture et M. Alain Perchoc (libraire).

Soutenue par le directeur, frère Jean René Gentric, l’initiative devrait être reconduite cette année. Alors, à vos plumes poètes !

Premier prix Likès


Qu’importent les aiguilles
Qui se plantent en nos chairs
Le liquide est fragile
La musique est amère
Immobiles on regarde
S’en aller les bateaux
On s’arrête dans des gares
On s’invente des oiseaux
Il se peut qu’un matin
On se réveille en cendre
Il se peut que demain
Exténués d’attendre
On se jette sur le mur,
La limite du possible
C’est qu’on a la vie dure
A haïr l’impossible
A la lumière du feu
Les enfants qui s’ennuient
Et recherchent des yeux
Un ultime paradis
A la lumière des soirs
S’enflamme la jeunesse
Et d’un étrange espoir
Les destins disparaissent.

Elsy 211

Premier prix AEL

ATTENTAT COSMETIQUE EN TERMINAL INCONNU
Les vols de nuit sont interminables pour le prisonnier des aléas de
l’aller à.
L’oeil hermétiquement clos, il tique sur sa ligne, glisse sur ses rails,
décolle en messie cobaye ivre de peinture à l’eau, parachuté au seuil
du Mont Sinaï.
Il oublie la durée du séjour.
Il oublie le billet de retour.
Jouant à l’art du décharnement, funambule paranoschizophrénique
sans fil, philosophe fanaticothéologique fébrile, le noctambule frigorifié
s’écroule, nez piquant dans la palette, catatonique aux quatre
coins de la tête. Overdose d’inspiration, écoeuré de sous-alimentation,
il émerge d’un long sommeil éthylique, sue sous la lumière
acrylique, et prêcheur d’un sermon plastique, seul sur sa glaciale Antarctique,
le mécanique iconographe affamé nourri à la fumée, mutin
dans sa mission divine, mué par la sagesse des saints, dessine.
La déferlante de pétales dans le parfum délirant. Et le ciel, lisse, vert,
trivial, transcendant.
Et la quintessence de tiédeur végétale sous sa chair, l’enroulement
d’épicotyles autour des artères. Et les muscles distendus, le ventre
nauséeux, l’abandon des sens.
Et tout reprend. L’agonie d’un instant, l’agacement de l’infini.
Il détale, escalade, dévale les gradins déserts, toréador furieux en
manque d’adversaire ; les marches dégringolent sous le poids du
héros, il s’écrase sous les applaudissements de son ego, narcisse
mégalomane répandu en racines animales au pied d’un étrange Colisée,
étranglement d’organes brûlant sur le sable immaculé, saturé
de poussière jusqu’aux narines, frisson métaphysique en quête du
parfait évangile.
Et elle est là.
Superbe d’inexpression, centrée sur son semblant de corrida. Touriste
égarée en uniforme moscovite, diaphane et bleuie dans sa robe
de pourpre au soleil, son teint comme nul autre pareil flétri par l’insomnie.
C’est une fracture évanescente. Un paradoxe conceptuel. Une erreur
d’appréciation. C’est un chef d’oeuvre d’art moderne.
Son créateur s’effondre, blessé en son rouge orgueil, taureau auto
satisfait fasciné par la plaie, amoureux d’un nombril électrique matérialisé
en hôtesse mystique.
Il jubile, exulte, crie, suffoque.
Puis il se réveille.
Suce un doigt de gouache vermeil. Tire sur une cigarette mal allumée.
Claque des dents sur un jet de bile. Rit sur son pinceau immobile.
Le canson vierge l’éblouit, trop lisse, trop brutal, trop blanc. Larmes
d’opium collées aux joues, goudron collé aux veines, Il pleure sa
tâche d’hémoglobine perdue au coeur de l’arène, L’héroïne oubliée
d’un univers déstructuré. Complu dans son ingénieuse médiocrité,
l’esthète en mal de beauté se fige en penseur d’inutilité.
Il rêve.
Car Monsieur n’est pas un peintre, Monsieur est un artiste.
Cruel onaniste intellectuel, il traverse la transparence de la toile, se
fond dans la fiction. Il s’élève.
Car Monsieur n’est pas un artiste, Monsieur est un prophète. Prophète
en délit d’identité, Monsieur le peintre raté.
Triste enfant gâté jouant au Dieu déguisé, tu n’as pas gagné la partie.
Partisan de l’allégorie, rigole de ta connerie.
Et prends garde mon ami, ce jeu-là se joue sans bagage. L’imaginaire,
vois-tu, n’est pas le plus simple des voyages.

Caroline 1S3

 

Deuxième prix Likès :

Fantasmagories
Quai de la gare, dernière cigarette
Des valises entassées, des voyageurs inquiets
Une douce voix annonce, les travailleurs s’arrêtent
Certains crient, d’autres rient, théâtre de société
Deux amoureux s’embrassent, quand d’autres se déchirent
Certains hommes tendent la main dans un espoir vain
Les relais H inspirent, on s’achète de quoi lire
Les intellos : le monde , les enfants : un tintin
Un train corail se pose dans un bruit dérangeant
Les petits s’émerveillent devant cette bête humaine
Le fin de quelque chose, le début d’un moment
Moi je rêve d’Arthur, qu’é tait-ce au dix-neuvième ?
Le chef de gare siffle et m’arrache un sursaut
Dans huit heures j’y serai, direction Charleville
Je rejoins mon amour, et l’amour des mots
Le serpent accélère, o n vole de ville en ville
Ma voisine m’interpelle, pourquoi dans les Ardennes ?
Les fantasmes me reprennent , je réponds pour Rimbaud
Plongée dans ma bohème, j’imagine ses plaines
Mon coeur est en voyag e, à pieds ou en bateau
Un hôtesse me réveille, j’étais en Ethiopie
Et me voilà chez lui, des étoiles dans les yeux
Je me fais vagabonde, la grande ourse me suit
Je m’arrête quai V oltaire - chez Paul
Je commande une fée bleue

Julie 1ES3

Deuxième prix AEL

A la recherche du mot parfait, elle laissait aller sa plume inspirée
Femme sans idéal, elle vivait dans une atmosphère quiète et feutrée
L’imaginaire faisait plus que jamais partie de sa vie
Chaque soir la page vierge de son cahier attendait son moindre instant de
faiblesse
S’alliant ainsi à sa plume, lui permettant l’évasion
L’évasion rêvée, l’évasion nouvelle
Tout cela n’était que chose éphémère.
Ces voyages quelque peu particuliers lui firent goûter à la liberté.
Paisible rêveuse à la recherche du mot parfais, elle songe.
Aventurière assoiffée d’inconnu ou pensive esseulée ?
Voulant donner un sens à sa vie, elle naviguait entre ses phrases
Cherchant à exploiter le moindre espace
Même si tout cela ne pourrait être qu’illusion
La fille se complait dans des chimères
En ce lieu le manque d’inspiration lui vient
Sans promesse d’un avenir meilleur, elle part.
A la recherche de sa muse, elle était partout
Dans ce train, dans ce palais, sur ces plaines ensablées où règnent solitude
et sérénité.
Et pourtant elle continuait à trouver ses paroles absurdes
Ne trouvant pas le mot qu’il faut
Le mot qu’il faut pour exprimer cette paisible quiétude
Comme transportée par ses vers, par sa prose,
Elle compose
Le mot lui vient, c’était le bon
Au coin du feu, sur cette dune, demeure un instant de « paisitude ».

Morgane 207

Les lauréats du concours
«Printemps de la poésie» 2007
1er prix Likès : Elsy , 211 : « sans titre »
1er prix AEL : Caroline, 1S3 :
« Attentat cosmétique en terminal inconnu »
2e prix Likès : Julie , 1ES3 : « Fantasmagories »
2e prix AEL : Morgane, 207 :« sans titre »
3e prix Likès-AEL : Marine , 207 : « Destination »
Accessits :
Alexandra , 205 : « Un long voyage »
Marine ,1S4 : « Le sang de l’ébène »
Agathe ,1S4 : « Voyager contre les ombres des jours »
Arnaud ,1S3 : « Voyage vers l’au-delà »
Camille ,1S5 : poème en espagnol